Poésies
The Place
The place where the floured hens
sat laying their breakfast eggs,
frying their bacon-coloured combs in the sun is gone
You know the place –
in the hawthorn hedge
by the wattle tree
by the railway line.
I do not remember these things -
they remember me,
not as child or woman but as their last excuse
to stay, not wholly to die.
Janet Frame (New Zealand)
L’Endroit
L’endroit où les poules enfarinées
s’installaient pour pondre les œufs du petit-déjeuner
et où elles faisaient frire leurs crêtes couleur de bacon au soleil
a disparu.
Vous connaissez cet endroit –
dans la baie d’aubépines
près de l’arbre en clayon
près du chemin de fer.
Je ne me rappelle pas de ces choses -
elles se souviennent de moi,
non pas comme d’un enfant ou d’une femme mais comme de leur
ultime prétexte
à s’attarder, à ne pas mourir tout à fait.
à s’attarder, à ne pas mourir tout à fait.
Janet Frame (Nouvelle-Zélande)
__________________________________________________________________________________________________________
La couleur de la fleur
S’est évanouie,
Tandis que je contemplais
Vainement
Le passage de ma personne en ce monde.
S’est évanouie,
Tandis que je contemplais
Vainement
Le passage de ma personne en ce monde.
-
Triste et solitaire
Je suis une herbe flottante
A la racine coupée
Si un courant m'entraîne
Je crois que je le suivrai.
Je suis une herbe flottante
A la racine coupée
Si un courant m'entraîne
Je crois que je le suivrai.
Ono no Komachi (Japon, IXeme siècle)
_____________________________________________________________________________________________________________
L'automne
Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !
Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !
Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !
Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !
Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !
Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois !
Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits,
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !
Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !
Alphonse de Lamartine (France, 1790-1869)
_____________________________________________________________________________________________________________________________________
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ? …
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !
Paul Verlaine
France ,1874
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ? …
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !
Paul Verlaine
France ,1874
____________________________________________________________________________________________________________________________
Ma Bohème
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma courseDes rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttesDe rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiquesDe mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Arthur Rimbaud
France, 1870
_________________________________________________________________________________________________________________________________
