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POESIES

Le Chat

Sur la couette, la grassouillette minette 
paraît rêver à son dîner, 
jolie souris, ou coupe de lait... 
Mais peut-être qu'en fait 
en esprit elle bondit, 
libre, intrépide et rétive
 sur la terre où ses ancêtres, 
sveltes et lestes, 
rugissaient, combattaient et festoyaient
 en dévorant tendre chair humaine 
et délectables bêtes sauvages, 
dans leur antre, en Orient

 Lionne géante,
 aux griffes d'acier, 
crocs terribles et sans pitié, 
dans sa gueule sanglante... 
Panthère mouchetée,
 aux pas légers et feutrés,
 glisse, élastique, 
et bondit sans bruit
 sur sa proie dans les bois 
dangereux et ténébreux... 

Libres et hardis, 
si lointains aujourd'hui... 
mais aussi domptée soit-elle,
 ne croyez pas qu'elle les oublie...
 la grassouillette minette sur sa couette 
que vous gardez dans votre foyer !

JRR Tolkien (Angleterre, 20ème siècle)

The fat cat on the m
at may seem to dream 
of nice mice that suffice
 for him, or cream; 
but he free, maybe,
 walks in thought
 unbowed, proud, where loud 
roared and fought 
his kin, lean and slim, 
or deep in den 
in the East feasted on beas
ts and tender men.

 The giant lion with ir
on claw in paw,
 and huge ruthless tooth 
in gory jaw; 
the pard, dark-starred,
 fleet upon feet, 
that oft soft from aloft
 leaps on his meat 
where woods loom in gloom--
 far now they be,
 fierce and free
and tamed is he;
 but fat cat on the mat 
kept as a pet,
 he does not forget.

JRR Tolkien (Angleterre, 20ème siècle)


To laugh often and much

To laugh often and much; 
to win the respect of the intelligent people 
and the affection of children;
 to earn the appreciation of honest critics 
and endure the betrayal of false friends; 
to appreciate beauty; 
to find the best in others;
 to leave the world a bit better 
whether by a healthy child,a garden patch, 
or a redeemed social condition; 
to know that one life has breathed easier
 because you lived here. 
This is to have succeeded.


 Rire souvent et sans restriction ; 
S’attirer le respect des gens intelligents 
Et l’affection des enfants ; 
Tirer profit des critiques de bonne foi 
Et supporter les trahisons des amis supposés ; 
Apprécier la beauté ; 
Voir chez les autres ce qu’ils ont de meilleur ;
 Laisser derrière soi quelque chose de bon, 
Un enfant en bonne santé, un coin de jardin 
Ou une société en progrès ; 
Savoir qu’un être au moins respire mieux 
Parce que vous êtes passé en ce monde ; 
Voilà ce que j’appelle réussir sa vie.

Ralph Waldo Emerson (USA, 19ème siècle)


Sonnet 18

Shall I compare thee to a summer’s day? 
Thou art more lovely and more temperate: 
Rough winds do shake the darling buds of May, 
And summer’s lease hath all too short a date; 
Sometime too hot the eye of heaven shines, 
And often is his gold complexion dimm'd; 
And every fair from fair sometime declines, 
By chance or nature’s changing course untrimm'd; 
But thy eternal summer shall not fade, 
Nor lose possession of that fair thou ow’st; 
Nor shall death brag thou wander’st in his shade, 
When in eternal lines to time thou grow’st: 
So long as men can breathe or eyes can see, 
So long lives this, and this gives life to thee.

Te comparerai-je à un jour d’été ? 
Tu es plus aimable et plus tempéré. 
Les vents violents font tomber les tendres bourgeons de mai, 
Et le bail de l’été est de trop courte durée. 
Tantôt l’œil du ciel brille trop ardemment, 
Et tantôt son teint d’or se ternit. 
Tout ce qui est beau finit par déchoir du beau, dégradé, 
Soit par accident, soit par le cours changeant de la nature. 
Mais ton éternel été ne se flétrira pas et ne sera pas dépossédé de tes grâces. 
La mort ne se vantera pas de ce que tu erres sous son ombre, 
Quand tu grandiras dans l’avenir en vers éternels.
 Tant que les hommes respireront et que les yeux pourront voir, 
Ceci vivra et te donnera la vie.

William Shakespeare
(Angleterre, 17ème siècle)

Insomnie

Quelque part des chats funèbres miaulent,
Je guette le bruit lointain de pas...
Comme elles bercent bien tes paroles-
Depuis bien trois mois je n'en dors pas.

Insomnie, de nouveau te voilà!
Ta face figée, je la connais. 
Toi, ma belle, toi sans foi ni loi, 
Dis-moi, est-ce que ma chanson te plaît?

Les fenêtres de blanc s'auréolent, 
La pénombre bleuit au matin.
Quelle nouvelle de loin nous console?
Pourquoi suis-je si bien avec toi?

Anna Akhmatova 
(Russie, 1912)

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Water, is taught by thirst. 
 Land – by the Oceans passed. 
 Transport – by throe – 
 Peace – by its battles told – 
 Love, by Memorial Mold – 
 Birds, by the Snow. 

On apprend l’eau par la soif. 
La Terre – par les océans qu'on passe. 
L'exaltation- par l'angoisse – 
La Paix, en comptant ses batailles – 
L’Amour, par l’humus de la tombe –
Et les Oiseaux, par la neige. 
 
 

Emily Dickinson (1830–1886)
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ASPHODEL, THAT GREENY FLOWER 
 William Carlos Williams 
 Give me time, 
 time. 
When I was a boy
 I kept a book 
 to which, from time to time, 
 I added pressed flowers 
 until, after a time,
 I had a good collection. 
 The asphodel, 
 forebodingly, 
among them. 
 I bring you, 
 reawakened, 
a memory of those flowers. 
 They were sweet 
 when I pressed them 
and retained 
 something of their sweetness 
 a long time.
 It is a curious odor,
 a moral odor, 
 that brings me near to you. 
 The color was the first to go. 
There had come to me 
 a challenge, 
 your dear self, 
mortal as I was, 
 the lily’s throat 
 to the hummingbird ! 
Endless wealth, 
 I thought, 
 held out its arms to me. 
A thousand topics 
 in an apple blossom. 
 The generous earth itself
 gave us lief. 
 The whole world 
 became my garden ! […] 
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L'automne 

Salut ! bois couronnés d'un reste de verdure ! 
Feuillages jaunissants sur les gazons épars ! 
Salut, derniers beaux jours ! 
Le deuil de la nature 
Convient à la douleur et plaît à mes regards ! 

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire, 
J'aime à revoir encor, pour la dernière fois, 
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière 
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois ! 

Oui, dans ces jours d'automne où la nature expire, 
A ses regards voilés, je trouve plus d'attraits, 
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire 
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais ! 

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie, 
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui, 
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie 
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui !

Alphonse de Lamartine

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Ma Bohème

 Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ; 
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; 
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! 

  Mon unique culotte avait un large trou. 
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course 
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse. 
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou 

 Et je les écoutais, assis au bord des routes, 
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes 
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ; 

 Où, rimant au milieu des ombres fantastiques, 
Comme des lyres, je tirais les élastiques 
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur ! 

Arthur Rimbaud 
France (1870)