Poésie

L'automne

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards ! 

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois ! 

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais ! 

Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui !
...

Alphonse de Lamartine

L'écolier

J’écrirai le jeudi j'écrirai le dimanche 
Quand je n'irai pas à l'école 
J'écrirai des nouvelles 
j'écrirai des romans 
Et même des paraboles 
Je parlerai de mon village je parlerai de mes parents 
De mes aïeux de mes aïeules 
Je décrirai les prés je décrirai les champs 
Les broutilles et les bestioles 
Puis je voyagerai j'irai jusqu'en Iran 
Au Tibet ou bien au Népal 
Et ce qui est beaucoup plus intéressant 
Du côté de Sirius ou d'Algol 
Où tout me paraîtra tellement étonnant 
Que revenu dans mon école 
Je mettrai l'orthographe mélancoliquement   

Raymond Queneau
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